Converser avec le feu
La pluie tombe tel un torrent venu du ciel, comme pour défier le début de cette année du cheval du feu, dans une tentative désespérée de rééquilibrer le trop plein de feu avec l’eau et le froid. Je décide alors de ralentir encore plus et de me forcer à écrire le premier jet de cet article au stylo-plume (oui, je n’ai jamais abandonné mes stylos-plume et la calligraphie est un art que j’aimerais apprendre). Depuis des années, j’écris directement sur ordinateur, comme tout le monde parce que lorsque les récits abondent dans mon cerveau, ils demandent à être posés et pour suivre cette cascade, il est plus aisé d’écrire le tout avec un clavier. Plus rapide… Moins fatigant pour le corps et le bras. Du moins, c’est ce que l’on se raconte. Mais revenons à nos moutons.
Après m’être brûlée de l’intérieur au troisième degré, après avoir calciné des années de mon existence, j’adopte de plus en plus le comportement de personnes âgées. Et je suis presque devenue paranoïaque en regard du niveau d’énergie que j’ai à disposition sur la journée (j'aime à prendre en exemple la théorie des cuillères pour illustrer cette problématique chez les personnes avec un trouble du spectre autistique). Ainsi, mon feu sacré intérieur s’est presque éteint. Il me fallait raviver la flamme… Je redoutais ce dont j’avais besoin… Parce que lorsque l’on a connu l’incendie, on en vient à développer une peur bleue du feu.
Voici quelques mois, tandis que je prenais mon temps pour faire mes courses dans le magasin bio, du côté du rayon ésotérique, je tombe ainsi sur les carillons kioshi (loin de moi l’envie de faire la publicité de cette marque, j’aime toutefois le fait que chaque carillon représente un des quatre éléments). Je les teste et les essaie donc. Curieuse. J’en évite un. Non, me dis-je. Le feu, j’ai déjà expérimenté. Mon mental m’empêche d’aller vers ce qui me soignerait et à partir d’un certain point, le paradoxe est là. Le mental a tellement peur de ce que l’inconnu représente qu’il nous empêche de faire les pas qui seraient salvateurs.
Le feu. Je le renie. Je le rejette.
La tenancière m’observe depuis un bon moment. Son regard, je le sens posé sur moi comme des lames qui me transpercent et son sourire me rend mal-à-l’aise. Elle a compris. Elle prend l’élément feu et me le tend. Je la contemple comme si elle avait perdu la tête - de mon regard d’autiste et de façon totalement inappropriée. Les filtres et les masques, je n’ai plus beaucoup d’énergie pour les maintenir. Je n’y parviens plus.
Avec courage, toutefois, je prends le carillon et fait résonner sa mélodie dans le magasin.
Des frissons parcourent mon corps.
Des larmes menacent de franchir la digue derrière laquelle je peine à les maintenir.
Je le repose.
Mon corps sait.
Mon mental refuse la défaite.
Je m’éloigne du carillon et essaie les autres. Je tente de me convaincre.
La dame m’observe à nouveau. « Vous savez, me dit-elle. Le feu a parlé. »
Elle prend un carillon neuf, emballé dans sa boite en carton et le pose dans mon chariot. Je termine mes courses avec prudence. Un dragon se tient désormais dans le chariot. De retour, à la maison, je laisse mes courses en plan. Mon fidèle compagnon à quatre pattes furète ici et là. Il tourne autour de nous. J’ai retiré le carillon de sa boite et je tiens la ficelle dans une main. J’inspire et j’expire. J’active la ficelle. Le carillon bouge. La mélodie retentit. J’admets avec difficulté que j’aurais commis une grave erreur de repartir sans.
L’appartement semble se réveiller. Une flamme douce et chaleureuse reprend racine en moi. Les dragons reviennent. Le portail s’ouvre à nouveau. Je déambule dans l’appartement. Le carillon cherche sa place et il la trouve. Je souris. La magie renait. Alors, chaque jour, je fais jouer le carillon de sa mélodie douce, j’allume une bougie et je laisse le feu reprendre sa place dans mon environnement et dans mon corps.
Le feu sacré brûle avec douceur.
Je me souviens ainsi que j’apprécie le feu tout autant que l’eau. Je savoure chaque élément avec modération. Je suis une créature qui a soif d’équilibre. L’autisme me fait passer d’un extrême à l’autre. Sans cesse, je joue avec ma balance intérieure, actionnant un levier dans un sens ou dans l’autre pour revenir à flot. Les rouages qui paraissaient défectueux se remettent en place. Le travail est encore long et il faudra sans doute une vie entière pour apprendre à jouer avec le feu sans se brûler. Apprendre à trouver l’équilibre entre le faire et l’être. Ainsi, j’attends avec patience que cette existence suive son cours. J’essaie de vivre la plus belle des vies, une vie riche et d’être qui je suis. J’attends, le sourire aux lèvres, enveloppée de ce feu doux qui me protège et me guide.
Nous sommes des millions à nous être brûlés. La planète brûle. Nous brûlons tous trop fort. Les nouvelles technologies essaient de nous faire oublier et elles attisent un feu qui selon moi n’est pas sain. Alors, je fais le voeux de ralentir et quand la vie effrénée tente de me faire sortir de mon cycle et mon rythme, je me rappelle le feu doux, l’effleurement d’une brise légère, la tendresse de la terre, la caresse de l’eau qui s’écoule avec lenteur. Quand le feu prend trop d’ardeur, je m’assieds. J’allume une bougie. J’active mon carillon. Je ferme les yeux et je me rappelle : la vision. J’intègre ce monde futuriste que j’ai rêvé et vu. Je suis là-bas, tout comme je suis ici maintenant dans ce monde enchanté fait de merveilleux et de magie où les fées chantent aux arbres, les lutins jouent des tours, où les forêts sont splendeurs de trésors, luxuriantes, florissantes. Elles recouvrent à nouveau la terre et la magie renait, elle aussi de ses cendres.
Des voies s’élèvent. Des gens choisissent d’écouter et de faire attention à ce qui compte réellement : la beauté de la nature. Tournés vers la lumière, les voix/voies dissonantes qui essaient de combler nos coeurs de désespoirs s’amenuisent. Le feu doux retrouve sa juste place. Envers et contre tout, nous en prenons soin.
La magie opère et la mélodie du bonheur retentit à nouveau dans nos coeurs.
Ce monde, je le vois et vous le voyez aussi, mes poussières d’étoile. Elevons nos voix, unissons-les et chantons haut et fort, ensemble la magie de la terre.
Derrière chaque personne, une armée invisible se cache.
Portons cette flamme et faisons-la rayonner.
Je vous embrasse mes poussières d’étoile.
Chaleureusement,
Clara-J.
PS : Dans un autre article, je vous ferai part de quelques rituels pour prendre soin de soi et de son feu sacré.
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